Le développement personnel ou l’Art de se construire

Humanités, neurosciences et présence au monde
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« Si l’on pouvait construire des maisons du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente » Jules Renard

Aujourd’hui, lorsqu’on évoque le développement personnel cela produit des effets négatifs sur la plupart des esprits de psychologues et philosophes éminents, qui prennent aisément la parole en prétendant avec fermenté que le développement personnel c’est du « bullshit » et que cela ne sert pas à rien, seulement à brouiller les esprits de simples mortels et à se faire de l’argent.

artiste, littérature, le pouvoir, lire, discerner, nature humanes, se connaître, œuvre d'artLa connaissance de soi, la recherche de soi, du bonheur et de l’équilibre par la mise en pratique de diverses méthodes pour mieux vivre sa vie, être en syntonie avec soi-même, tant de sujets qui préoccupent l’esprit humain et dont un grand nombre recherche des solutions.

Cependant, tout a commencé par cette locution-même de Socrate, connu du grand public « Connais-toi toi-même ». Nous étions au 5e siècle av. J-C.

Il est incontestable qu’aujourd’hui nous sommes véritablement submergés par d’incalculable quantité de livres de développement personnel, d’innombrables podcast et vidéos des influenceurs sur les réseaux sociaux, etc.

Est-ce cela qui pose le vrai problème : la quantité qui tue, dilue, la qualité? Parce qu’il existe bien des livres de valeur, de véritables professionnels d’accompagnement, qui agissent de manière éthique et qui font un excellent travail. Ou s’agirait-il des répétitions de ce qui a été dit ou écrit il y a 100, 200, 1000 ans, moulinés avec des propos souvent moins nuancés, des pensées simplifiées à outrance, sans apporter quelque chose de profond pour faire grandir l’âme et permettre son développement ?

Les histoires que nous lisons fixent nos attentes et définissent notre idée de ce qui est bon et normal, vrai ou faux. « Chaque âme devient ce qu’elle contemple » aurait commenté Plotin.

Mais tout ne se vaut pas dans l’art, de même que tout n’est pas bon à lire, ni à regarder ! Michael Jackson n’est pas le Mozart du XXe siècle et une chanson de Johnny Hallyday ne vaut pas une symphonie de Beethoven. D’ailleurs remettre en cause la notion même de hiérarchie, mettant tout au même niveau, c’est le nivellement par le bas.

L’illusion du bonheur instantané : déconstruction du prêt-à-penser

Beaucoup de personnes me disent avoir lu pléthore de livres de développent personnel et écouté de nombreux podcast, mais à long terme, peu de chose change foncièrement pour elles.

On promet des monts et merveilles, avec rapidité et simplicité, de la pratique en négligeant la théorie et le temps. Mais les deux guerriers les plus puissants sont la patience et le temps écrivait Léon Tolstoï, en ajoutant qu’il ne faut surtout pas oublier que les grandes réalisations prennent du temps et qu’il n’y a pas de succès du jour au lendemain.

Les gens ne vont pas bien… ils vont même très mal. Combien de fois par jour je l’entends ou je lis cela ! Et cela me rend bien triste que les individus ne trouvent pas la voie vers le soi apaisé, réconforté, prêt à accepter le monde tel qu’il est. La vie est un risque, et que « celui qui ne risque pas ne boit pas de champagne » (comme dit un proverbe russe). Tout est véritablement relatif et autour de nous il y a tellement de choses qui peuvent nous aider à aimer mieux la vie et la vivre pleinement, autrement.

Donc, oui, nous sommes dans une époque où l’on fait face à la prolifération des gourous de la pensée positive et des marchands de bonheur estampillés psychothérapeutes, coachs en tout genre ou philosophes.

« Il est où le bonheur, il est où ? » Mais qui, sincèrement, recherche consciemment le malheur ? Levez la main. 

Le bonheur, oui !!! On le veut, on le recherche, on le désire, on veut le construire.

La question du bonheur, philosophie et illusions

Arthur Schopenhauer nous avertit que « le bonheur positif et parfait est impossible ; il faut seulement d’attendre à un état comparativement moins douloureux ».

Quant à Kant, il nous enseigne que la providence n’a pas fait l’être humain pour qu’il soit simplement heureux. En nous donnant la raison et la conscience, elle nous pousse à réfléchir, à se poser des questions et à voir les difficultés du monde avec lucidité :

« Si la providence avait voulu que nous fussions heureux, elle ne nous l’aurait jamais donnée, étant donné qu’elle nous fait prendre conscience des maux qui pèsent sur le monde ».

Il existe une dissymétrie entre le malheur et le bonheur : on peut sans difficultés définir le premier, une maladie grave, un être cher qui meurt, un accident de la vie, mais le second est en réalité indéfinissable, car tout ce qui nous rend heureux peut nous rendre malheureux. Si on prend le cas de l’amour ou d’une profonde relation amicale, il peut nous remplir de bonheur, mais rien n’est plus douloureux que la traitrise de l’être aimé ou le décès de l’ami d’une vie. Et puis ce qui rend heureux une personne, ne vaut pas tout le bonheur d’une autre.

Ceci étant dit, le mot bonheur vient de deux mots latins « bonne augure » ; Bonum:  bon, positif, favorable, Augurum: qui est celui qui observe et interprète les auspices, qui devient l’heur en français, désignant le fait d’un hasard, d’une chance.

Des moments de joie, des plages de sérénité, nous les avons, mais le bonheur comme un état stable et durable en permanence, n’est-est pas une illusion ?

Depuis les années 60, on a assisté à l’essor de la société de grande consommation de masse, associée à une nouvelle aspiration à « jouir sans entraves » à découvrir « sous les pavés, la plage », « il est interdit d’interdire ».

Et c’est là qu’apparait une véritable éthique hédoniste, du souci de soi, de l’épanouissement personnel, de l’écologie, de la diététique, les centres de Fitness deviennent incontournables. La quête du bonheur devient un leitmotiv omniprésent. À la nourriture bio s’ajoutent des théories du développement personnel qui se greffent sur cette lame de fond.

Est-ce que le bonheur peut être accessible à tous ? Peut-on y accéder en accomplissant par exemple des exercices de sagesses appropriés en se tournant vers les philosophes Stoïciens ?  Ils nous apprennent que le bonheur ne dépend pas du monde extérieur, mais de notre être intérieur et du regard que nous portons sur le réel, sur le territoire concret.

La grande santé disait Friedrich Nietzsche, passe par la lucidité, par le courage de regarder le réel en face, de respirer l’air glacial des sommets.

À titre personnel, je pense que les illusions nous rendent malades et qu’il est nécessaire de les déconstruire, une par une, et en même temps analyser ce qui dans nos vies permet de réels moments d’intensité et de sérénité.

Alors comment le développement personnel peut nous aider à retrouver le chemin de la lucidité et de la spiritualité ?

Cerveau et humanités

C’est justement à travers le développement personnel qu’il est possible d’accéder à une meilleure connaissance de soi, aller à la rencontre de soi-même et par conséquent mieux comprendre nos semblables.

Comme l’écrivait si bien Blaise Pascale « Il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie et il n’y a rien de plus juste ». 

Le cerveau, instrument premier de l’existence

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La première étape est, selon moi, de commencer par comprendre les mécanismes du cerveau humain, ses fonctions cognitives, comment cela marche et comment le garder en bonne santé. Le cerveau est une formidable machine à s’adapter, à trier et à traiter l’information, il est notre instrument premier. C’est la base de tout, nos biais cognitifs, nos émotions, nos sentiments, nos rêves, nos pensées, nos croyances y séjournent.

Grâce à lui, lorsqu’il est en bonne santé, tout nous est possible, appréhender tous types de connaissances, apprendre, travailler, mémoriser, danser, s’adapter, se nourrir, parler, rire, imaginer, se projeter, écrire, lire, etc.

Paresseux par nature, moins on l’utilise, mieux il se porte.

Selon Henri Laborit, « le cerveau ne sert qu’à agir » dans un environnement donné pour se maintenir en vie, aussi pour anticiper le pire, et répond principalement à nos instincts de procréation, de conservation et de domination.

Donc en analysant et en comprenant les mécanismes fondamentaux du cerveau et de ses besoins, nous découvrons des comportements faisant partie intégrante de notre identité, de notre personnalité, de notre libre arbitre et de nos extraordinaires capacités. Et de ce point de vue, nous sommes tous uniques.

« Croyez-en vous-même, croyez en votre cerveau, apprenez à mieux le connaître – car, avec un peu d’effort quotidien, son potentiel d’apprentissage est tout simplement extraordinaire » nous préconise Stanislas Dehaene, car en effet, notre cerveau a véritablement besoin de la bonne nourriture intellectuelle et de l’entrainement, car oui, rien ne résiste à l’entrainement.

François Richaudeau disait que « Avec de l’exercice, le cerveau devient plus souple, plus alerte. En parcourant davantage d’ouvrages, de textes variés, l’esprit devient plus réceptif, plus ouvert à tous les domaines de la pensée ».

La culture générale comme « vaccin mental »

Le développement personnel passe également par l’acquisition approfondie de la culture générale, qui créer une passerelle vers la connaissance de soi, de notre environnement et de nos semblables. Cela consiste inévitablement à être confronté aux grandes œuvres artistiques, littéraires et philosophiques, ces réalités fortes qui donnent accès à notre monde intérieur, à l’aiguisement du discernement et au développement du bon sens.

Les œuvres d’art ne sont pas seulement génératrices des émotions visuelles, auditives ou intellectuelles, c’est aussi un langage spécifique et codé : couleurs, note de musique, vocabulaire.

Parce que la culture, ce n’est pas, comme le disait Jean Rostand, avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, mais la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes.

La plupart des gens aujourd’hui, faute d’une culture générale, que l’on appelait autrefois les humanités, c’est-à-dire une connaissance de l’homme de son histoire et de la nature humaine, sont incapables de se situer correctement dans le temps et l’espace et de ce fait ont beaucoup de mal à comprendre le monde et les événements qui les entourent dans bien des domaines.

On constate par exemple que plus le niveau culturel baisse, plus l’agressivité monte entre les individus !

Toutes les grandes réalisations artistiques, si on fait l’effort de les décoder en profondeur, contiennent des messages qui nous aident à abaisser notre égocentrisme et à approfondir notre perception des êtres et des choses.

La culture générale est le miroir de la connaissance de soi ! Elle nous offre tant d’avantages et agit comme un vaccin mental.

Elle révèle notre monde intérieur, car l’art sous toutes ses formes, que ce soit la littérature, la musique, la peinture, le théâtre, la sculpture, l’architecture, la photographie donne accès à des dimensions de soi ignorées jusqu’alors. En lisant par exemple un roman ou un poème, en écoutant une grande œuvre musicale on parvient à mieux se comprendre tout en se sentant relié à la nature, au cosmos, à l’humanité entière. Il faut bien sûr prendre le temps d’admirer et d’apprendre à décoder la beauté qui s’offre à nous. Et quel bonheur lorsqu’on atteint cette beauté.

« Les grandes musiques insufflent ces mouvements circulaires où tout semble unifié : le rythme des saisons, le battement du cœur, et notre corps tout entier s’accordent à l’écoute… La musique prolonge, transfigure les bruits qui peuplent le monde… L’art ne se distingue pas de la vie ; il en prolonge le mouvement », voilà quelques lignes que j’ai tant aimé lire dans le nouveau livre de Shani Diluka « Du spirituel dans l’art et dans la musique en particulier » (édition Art3).

La littérature transmet l’ « expérience condensée » d’une vie humaine.

Quant à fréquenter des chefs-d’œuvre permet d’élargir notre perception des êtres et des cultures. N’est-ce pas une merveilleuse voie pour développer l’empathie et la tolérance.

Et s’agissant de notre capacité de nous émerveiller, l’imagerie cérébrale montre que la beauté active le cortex cérébral dans la même zone que celle liée à la perception d’objets de grande valeur. Donc lorsque nous contemplons un tableau, un paysage ou un visage que nous jugeons beau, notre cerveau vit une véritable expérience esthétique.

Prendre le temps d’admirer la beauté nous évite de traverser notre monde sans le voir.

Les chefs-d’œuvre et les invariants de la nature humaine

Lorsque nous cultivons notre esprit tel un jardinier soucieux de ses fleurs, lorsque nous apprenons le monde, son histoire, la culture des civilisations à travers des chefs d’œuvres de l’humanité, nous grandissons car nous accédons à une meilleure compréhension des invariants de la nature humaine.

Hieronymus_Bosch_le jardin des délices - oeuvre d'art - décogade culturelLes grands auteurs, penseurs, peintres, poètes, compositeurs tels que William Shakespeare, Honoré de Balzac, Jean de La Fontaine, Simone Weil, Alexandre Pouchkine, Viktor Hugo, Léonard de Vinci, Marguerite Yourcenar, Jérôme Bosch, Rainer Maria Rilke, Anna Akhmatova, Hannah Arendt, Giuseppe Verdi, Giacomo Puccini, Ludwig van Beethoven, Francisco de Zurbarán, Wolfgang Amadeus Mozart, Franz Schubert, Michelangelo Merisi da Caravaggio, Piotr Ilitch Tchaïkovski ( et il y en a tant d’autres, bien évidemment) et les textes bibliques, décrivent ses « invariants » du comportement humain, notre psychologie  : la peur, l’amour, l’envie, la jalousie, la recherche de bonheur, l’instinct de pouvoir, de domination.

De ce côté, qu’est ce qui peut changer véritablement ? Rien, tant que le cerveau humain est tel qu’il est, et c’est en nous tournant vers « ces grands » que nous pourrons acquérir une lucidité réaliste sur ce qu’est la nature humaine, dans sa pire et meilleure expression d’être.

L’être humain n’est pas naturellement bon par essence, tant pis si je contredis Jean-Jacques Rousseau. La culture, la réflexion et l’écoute servent d’antidotes aux instincts de domination et à la montée de l’agressivité.

Et j’ajoute à ce propos cette citation de Hannah Arendt qui fait réfléchir à deux fois : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».

Comme le soulignait également Cicéron dans son œuvre philosophique les Tusculanes, « l’âme sans enseignement est comme un champ fertile sans culture : elle ne peut rien produire ».

La culture, tels les graines fécondes, cultive notre âme et nous rend plus vertueux.

Le recul critique sur nos perceptions 

Le développement personnel aiguise la connaissance de soi, l’intelligence et le discernement, nous permettant ainsi de tisser des liens entre les idées, les êtres et les événements ; à rectifier nos biais cognitifs et à devenir plus prudent face à nos perceptions.

Jean de La Fontaine par exemple aborde de façon très claire et subtile les plus grandes interrogations de l’homme comme la crainte de la mort, les qualités et défauts de l’âme humaine. Sous l’allégorie se manifeste une vérité immuable de l’homme. 

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Illustration de Gustave Doré

Dans sa Fable « Un animal dans la Lune » (livre 7, fable 17) il nous montre comment à partir du genre faussement simple et apparent de la fable on peut aboutir au plus haute question de la philosophie. En effet, le sujet véritable de cette fable est celui des critères de la vérité et des biais cognitifs de notre perception par notre cerveau.

Contemplation et présence au monde

Le développement personnel c’est aussi un voyage, une balade dans la forêt, l’écoute des vagues qui échouent inlassablement sur le rivage ou une falaise, c’est contempler un merveilleux paysage montagnard, prêter oreille au bruit du vent, aux chants d’oiseaux, au bruissement des feuilles des arbres.

Le développement personnel c’est également goûter, sentir des épices, découvrir de nouvelles saveurs, boire un bon vin ou un excellent champagne.

C’est aimer, toucher, observer ; c’est avoir des conversations qui élèvent l’âme, qui confrontent nos idées, qui grandissent notre pensée.

C’est aussi garder des silences.

Bien sûr, il est tout aussi important de continuer à se former, d’acquérir de nouvelles connaissances, de jouer d’un instrument musical ou autre chose que vous faites avec plaisir car cela permet également de maintenir le cerveau en bonne santé cognitive. 

Et en conclusion 

Face aux épreuves de la vie, face aux vicissitudes de l’existence, la connaissance de soi, la contemplation d’une œuvre, l’écoute d’une symphonie ou le partage d’une amitié profonde constituent les réponses les plus clairvoyantes pour mieux vivre, avec soi, avec l’autre, avec ce qui fait la différence de chacun, dans la complexité même de nos existences.

Et finalement le bonheur ne consisterait-il pas à vivre et traverser ce monde si beau qui nous entoure en le regardant, en l’écoutant, en l’observant ?

N’est-ce pas une merveilleuse manière de se développer !reflexion, se développer,

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